Wednesday, 27 July 2011

Gustav Mahler et sa symphonie tragique



Mahler, un être constesté, tourmenté autant par les autres que par lui-même, reconnu comme chef d'orchestre de son vivant, il prend sa place aujourd'hui après période de censure (durant la période nazie sa musique fut bannie à travers une partie de l'Europe) comme un compositeur de génie et de controverse. Je l'ai découvert il y a plus d'un an et demi, lorsque j'eu sa première symphonie à l'étude lors d'un cours universitaire sur les grands mouvements classiques. Je fus saisie, fascinée autant par la grande beauté et l'émotion pure et vive émanant de sa musique, que par la finesse et l'ingéniosité des concepts derrière ses motifs... Un excellent exemple est le troisième mouvement de sa Symphonie no.1. Mahler y transforme la comptine familière de Frère Jacques par un jeu de tonalité en un mouvement funéraire. Ensuite, Romantique tardif, il transforme cette procession en une célébration juive, s'inspirant des thèmes de sa propre enfance. Depuis cette période, je n'avais pas eu l'audace ou la débrouillardise de rechercher d'autres oeuvres de Mahler... jusqu'à ces derniers jours où, motivée par ce nouveau blog, j'ai découvert sa Symphonie no.6. Moins connue ou jouée que d'autres oeuvres de Mahler, elle porte le surnom tragique (il est incertain si Mahler lui-même l'a nommé ainsi, puisqu'il rejeta tous les noms de ses symphonies à la fin de sa vie), un appellatif qui lui restera associée jusqu'à nos jours.

Son nom est approprié, correspondant à l'optimisme du héros, qui persévère à travers les quatres mouvements, l'auditoire suivant ses débats avec espoir, mais qui sera brisé irrévocablement à la fin de la quatrième partie, par trois coups du destin, illustrés par les marteaux. Ce parcours beaucoup l'ont vu comme un message prophétique, où Mahler aurait dessiné dans sa musique, une image du futur qui l'attendait, un reflet de sa propre vie (DARCY, Warren "Rotational Form, Teleological Genesis, and Fantasy-Projection in the Slow Movement of Mahler's Sixth Symphony" 19th-Century Music vol. 5 n.1). La veuve de Malher, Alma Schindler, encouragea aussi cette perception dans ses mémoires, elle s'associe au motif de violons qui vient contrasté la marche militaire du premier mouvement (ce motif est désormais reconnu comme le thème de Alma), aussi elle voit dans le deuxième mouvement le jeu des deux fillettes de Mahler, finalement les trois coups du destins sont associés aux désastres qui affligeront Mahler à la fin de sa vie. En effet, une de ses fille  mourra de la fièvre scarlatine, Mahler lui-même sera diagnostiqué avec une condition médicale du coeur grave et il sera chassé de sa Vienne bien-aimé par l'anti-sémitisme naissant. Néanmoins cette vision prophétique demeure une idée disputée, si Mahler fut reconnu comme un être névrotique, il écrivit cette symphonie durant une des périodes les plus heureuses de sa vie, juste après son mariage et la naissance de ses filles, les calamités de sa vie surviendront plusieurs années, et plusieurs symphonies plus tard.

La Sixième Symphonie de Mahler pourrait aussi être vue comme un portrait du vingtième siècle qu'elle inaugure. Certains critiques vont même jusqu'à la baptisée première symphonie du vingtième siècle (DUGGAN, Tony "The Mahler Symphonies A synoptic survey" Musicweb-international.com). Duggan considère très significatif que la première de la symphonie pris place à Essen, ville au coeur du development industriel allemand. Cette optique permet une complète relecture de la pièce, où la marche militaire particulièrement représentatif du premier et dernier mouvement fait échos aux marteaux des ouvriers d'usines, du travail à la chaîne, de cette âge de l'industrie qui armera les grandes guerres de notre époque. La symphonie fait écho à cet âge de la machine qui bien plus que durant la période industrielle, caractérise le vingtième siècle. Les violons semblent représenter cette humanité trappée, essayant de prendre pied entre le rythme régulier et martial des mécanismes et des engins autour d'elle. Cette humanité est condamnée à subir le joug de cette industrie qui l'englobe, qui bientôt l'ensevelira sous le timpant des marteaux. Mahler, Romantique Tardif, utilisera dans sa Symphonie no.6, un folklore, pas celui de son enfance, mais plutôt un folklore du futur, un folklore de l'industrie.

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